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Asie

NOIR, LE DRAGON

Il y avait soixante ans qu’on ne l’avait pas vu. Le Dragon Noir va donc, le 23, assurer la présidence tournante qui lui revient, selon la Constitution qui régit la succession des signes du Zodiac chinois, Tous les 12 ans, il prend son tour mais tous les 60 ans ( 5 x 12 ) il change de couleur.

Seul ê̂tre mythique au sein de cette douzaine, l’animal est composite, chimère de bric et de broc construite par un généticien en folie, sorte de « cadavre exquis » sorti d’une séance de jeu entre Surréalistes, il emprunte au chameau sa t̂̂ê̂te, au cerf ses bois, au lapin ses yeux, à un serpent son cou, à une vache ses oreilles, à un tigre ses pattes, à un faucon ses serres.

Les onze autres figures de ce bestiaire sont plus familières, qu’elles soient sauvages – le tigre, le buffle, le serpent, le singe – ou domestiques – coq, lapin, cochon, cheval, chèvre, chien, rat -.

Ce Dragon n’est pas « l’horrificque beste » de l’Occident chrétien que Saint Michel transperce de sa lance sur la Fontaine du Boulevard St-Michel, à Paris, ou au sommet de la flèche de l’Abbaye située sur le Mont qui lui est dédié.

Qui plus est, les régiments de Dragons n’étaient pas composés de pioupious rigolards et les dragonnades ne furent pas de doux moments pour les huguenots.

En Chine, le Dragon est le symbole de l’Empereur.

Les enfants qui naissent sous son signe seront ambitieux, énergiques, conquérants; charismatiques. Soucieux de placer leurs descendants sous un parrainage aussi précieux, les couples prennent les dispositions requises. Tirant les enseignements du passé, les maternités ont donc revu à la hausse les prévisions de fréquentation pour 2012 : +5,6% à Hong-Kong, +10% à Singapour, +5% en Chine. Le marché du bébé Dragon est en croissance.

L’analyse des C.V. des dirigeants des principales sociétés coréennes prouve qu’une naissance « Dragon » booste la carrière. Parmi les 1000 sociétés cot̂̂ées, 8% des directeurs généraux sont des « D.G. Dragons ». Les analystes financiers recommandent de suivre les performances des entreprises à la tê̂te desquelles ils ont été placés, et ce d’autant plus que ces sexagénaires, nées en 1952, la précédente année Dragon, ont une longue expérience professionnelle.

Une étude du magazine Forbes, de 2002, relevait que 11% des plus riches hommes d’affaires américains sont nés sous le signe du Dragon.

Dis-moi de quel signe tu es, je te dirai le sort qui t’est dévolu.

 

SHAKE HANDS

 

 « Je t’en serre cinq », disent ces deux photos parues en juillet dans des journaux coréens.

Les mains

Ce n’est pas un top five, mais on n’est pas loin.

Mettant en scène quatre américains, et pas des moindres – le Président, un couple de généraux et un sergent-chef – elles en disent plus que de longs discours sur l’engagement militaire de U.S.A.

Le décor, très officiel et gourmé, est le même dans les deux cas.

Des étoile en nombre :   derrière le dos du sous-officier, sur les drapeaux décorant les murs de la salle Est de la Maison-Blanche,  comme semées par le bras droit de B. Obama, sur les épaules des généraux.

Mais, c’est dans la direction du regard que s’échangent ces personnes que la différence apparaît.

Yeux dans les yeux et « Tête droite ! » pour les deux haut gradés, qu’il s’agisse du petit sec qui quitte le commandement des 28.000 G.I.’s basés en Corée du Sud, ravi de céder sa place de gardien d’un 38 ème parallèle que taquine sporadiquement l’Ubu de Pyongyang, ou du grand costaud qui arrive et se fend du geste familier aux politiciens en campagne , non pas militaire mais électorale : le pétrissage de l’avant-bras de l’interlocuteur.

Au second plan, le Ministre coréen de la Défense est presque flouté

Le regard sur la main de l’autre, visage baissé, en revanche, pour le Président américain et le sergent-chef Leroy, retour d’Afghanistan et d’Irak.

Mais, peut-on utiliser le mot main pour celui-ci, tant est difforme et obscène la prothèse qu’il présente, avec ce pouce démesuré et ces doigts réduits à une phalange ? Les yeux d’Obama sont fixés sur cette mécanique orthopédique, vers laquelle sa main plonge, poignet cassé, dans une étrange gestuelle, aussi concentrés que ceux du champion de tennis suivant  la balle qui va rentrer dans sa raquette.

Alors que les deux militaires ont été saisis au moment où ils se serrent carrément la  pogne , le Président et le soldat sont figés dans un geste suspendu qui laisse imaginer la façon dont vont se rencontrer et s’emboîter la prothèse de l’amputé et la main de celui qui a signé les documents  l’envoyant au combat.  

La photo est la version civilisée et normalisée d’une caricature que Siné publia en 1959 dans un recueil intitulé Complaintes sans paroles avec d’horribles détails.

 Rien de tel qu’une histoire sans parole  – photo ou caricature – pour avoir le  mot de la fin et le dernier mot.

 

 

Manipulations génétiques

La photo, ou comment situer, décrire, expliquer et analyser, sur une surface réduite, et ceci sans mot dire, ni maudire ?

Plus que les traités, les essais et les points de vue sur l’évolution de la Chine et sa perméabilité/imperméabilité aux influences extérieures, ce panonceau placé au bas de l’escalier qui dessert les 6 niveaux et les centaines de mètres de linéaire d’une très grande librairie, située Fuzhoulu, à Shanghaï, auprès de laquelle l’addition de Gibert Jeune, Bd St-Michel, La Hune, L’Ecume des Jours, Gallimard, Julliard, Le Divan, …ressemblerait à un Point Presse, illustre les manipulations génétiques dont la société chinoise et son système économique font l’objet.

Au troisième étage, le mille-feuille idéologique: une couche de bouquins axés sur l’économie et la  politique, une couche de classiques du marxisme-léninisme, une couche de compta/finance, et pour finir, le management des entreprises.

Quant à Mao, il ne sourcille pas au dessus de la pile imposante d’un ouvrage consacré à Google.

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IDEOGRAMMES ET CARICATURES

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Chacun sait que l’on peut  parler le mandarin sans savoir l’écrire ou comprendre le sens des idéogrammes chinois sans savoir les prononcer. Apprendre cette langue est un travail à plein temps : deux manuels sont nécessaires, l’un qui s’intitule Comprendre et parler, et le second, Lire et écrire.

Heureusement, point n’est besoin de maîtriser un nombre respectable de caractères pour se tenir au courant de l’actualité de la Chine.

La lecture d’un quotidien en anglais, le China Daily, y suffit.

Et, point n’est besoin non plus de maîtriser cette langue pour saisir, comme pour une bande dessiné sans phylactère, la température politique et les problèmes du jour : il suffit de regarder des caricatures, dont la liberté de trait traduit la latitude qui est laissée aux journalistes, ou que ceux-ci s’octroient.

C’est cent fois plus instructif que d’écouter Raffarin, sinologue et sinolâtre autoproclamé, qui dans une récente émission télé avec Calvi sur le thème de la Chine, enfilait allègrement perles et lieux communs. Ce fin connaisseur de l’Empire a dû limiter ses investigations à une visite rapide et encadrée sur le Bund, à Shanghaï. Ses truismes ressemblent à s’y méprendre à cette assertion de l’anglais qui, débarquant pour la première fois à Calais, et apercevant une française rousse, en inférait que toutes le françaises étaient pareillement pourvues.

Cruelle cette caricature qui traite, en vrac, de la question de l’urbanisation galopante, de l’appropriation des sols, des expropriations, de la spéculation foncière, de la bulle immobilière en cours de constitution, de la protection des espèces menacées, du rythme de développement des économies ( le modeste marteau-piqueur versus la robuste pelle mécanique ), des droits de l’homme ( les casques de chantier contre l’arrogant cigare ).

Le dessin tient de l’aphorisme et du haïku, qui ramasse dans un raccourci, et forcément à gros traits, de lancinantes questions. La morale est clairement et publiquement affichée : mieux vaut être une oie en Angleterre qu’un modeste habitant d’un bourg du Jiangsu. Sévère coup de canne en bambou sur la tête de certains hiérarques !

china daily 2Le seconde caricature pourrait être sous-titrée L’embarquement pour Cythère, en hommage à Watteau. A ceci près que la destination n’est une île de rèves et de plaisirs. Ces banquiers chapeautés de la City invitant un chinois d’opérette tout droit sorti des Cigares du Pharaon à monter dans une barque qui va affronter le violent clapot de la mer du commerce international et des taux de changes variables, et à se saisir d’une rame,  c’est la Chine à la croisée des chemins, et l’esquif n’est pas une jonque.

Gros pétard éclatant dans les pieds des responsables politiques !

En l’An de grâce 2010 après Jésus-Christ

Deux sources d’information :

Le Monde, du 19 juin 2010, d’abord, avec cette dépêche d’agence venant du pays des Mormons, l’Utah.

Souci de briéveté ? Ignorance ? L’auteur aurait pu faire référence au pavé écrit par Norman Mailer, en 1979, relatant le cas de Gilmore, auteur de deux meurtres, qui avait tenu mordicus à se faire fusiller. Le livre relate par le menu les faits, le procès, les péripéties de la procédure et l’exécution. Rien de changé depuis cette date.

L’édition des 22/23 mai du China Daily, un des quotidiens chinois en langue anglaise. Ce verdict fait mentir le fabuliste qui affirmait que selon que l’on est puissant ou misérable, les jugements de cours seront blancs ou noirs. Cet ancien chef de la police était accusé de corruption et d’abus sexuel sur une étudiante. Les pétards étaient de la fête.

La peine de mort : les Présidents Obama et Hu peuvent se livrer à des échanges de vues sur ce sujet.

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