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Asie

Domenech: l’homme qui a lu les classiques chinois

Trois Royaumes

La défaite, sur coup de pied arrêté, devant la 84ème équipe de foot ? Un coup prémédité et mûri, élèment d’une stratégie élaborée depuis de longs mois, dont les 11 joueurs chinois ont été les complices ultimes.

Quoi de plus finaud et astucieux que de simuler la faiblesse et l’impuissance afin d’attirer à coups sûr les futurs adversaires dans un piège, leur faire prendre des vessies pour de ballons et, au final, décrocher la coupe du vaiqueur ?

Fin lettré, Domenech a lu l’un des épisodes les plus célèbres de l’Epoque des Trois Royaumes ( 220 à 280 ), qui vit l’affrontement, en Chine, du Royaume de Shu et de celui de Wei.

Pour assurer la subsistance de ses troupes, le général Zhuge Liang et ses 2.500 hommes prirent possession de la ville de Xicheng, où se trouvait entreposée une grande quantitté de vivres.

Mais, à peine était-il arrivé qu’il fut encerclé par l’armée de Wei, soit 15.000 hommes sous l’autorité de Sima Yi

Zhuge Liang mit alors en oeuvre une ruse qui passa à la postérité : il ordonna aux habitants d’enlever les drapeaux qui flottaient sur les murailles et fit ouvrir en grand les quatre portes où se postèrent des soldats habillés comme des paysans. Lui-même sinstalla au sommet de la plus haute tour et s’assit, entouré de jeunes garçons pour jouer du luth et respirer les fumées d’encens.

Les éclaireurs envoyés pas Sima Li décrivirent à leur chef cette scéne paisible et idyllique. Flairant le piège, l’entourloupe et l’embuscade meurtrière concoctés par un adversaire dont la prudence était proverbiale, le général donna l’ordre à ses troupes de battre en retraite et d’évacuer le terrain.

Voilà le fil rouge de la stratégie de Domenech : le kong cheng, soit « le stratagème de la ville vide » qui consiste à duper un adversaire plus puissant que soi en affichant une feinte candeur et à provoquer de la sorte une réaction qui conduit à une victoire « par défaut ».

A PRENDRE AVEC DES BAGUETTES

samgyetangLa Corée du Sud demeure une grande ignorée, à l’écart des flots de touristes qui s’aventurent dans cette région et choisissent plutôt la Chine ou le Japon.

De temps en temps, paraissent des articles sur ce petit pays, qui  en soulignent des aspects folkloriques ( les plongeuses de l’île Cheju dans un supplément hebdomadaire récent du Monde) ou les variétés culinaires ( dans le même journal, il y peu. ).

Certes, la cuisine coréenne relève de la catégorie « gastronomie », en raison de sa qualité et de sa spécificité. Pas grand chose à voir avec les cuisines chinoises – à dessein, j’utilise le pluriel – ou avec l’art des mets japonais, et pas seulement parce que les convives utilisent des baguettes en métal ! Elle est une composante majeure de la coréanité.

D’où mon désarroi lorsque, à Paris, je passe la porte de certains restaurants « coréens ». Pourquoi les guillemets ? Parce que ce qualificatif me semble souvent usurpé et relever de la publicité mensongère lorsque lesdits établissements, parés d’enseignes en hangeul et d’inscriptions, à l’intérieur, du même alphabet, sont tenus par des maîtres queux qui ne viennent pas de la péninsule, révisent à leur manière des recettes traditionnelles, achetent je ne sais où les ingrédients  et fabriquent des plats qui ne sont qu’un reflet déformé et bien imparfait de l’original.

Tout dernièrement, rue Ste-Anne, dans un établissement correspondant en tous points à ce que je viens de décrire, j’ai calé devant le plus mauvais bibimpap qui ait jamais croisé la route de mes baguettes.

Avenue de Saxe, ma femme qui est coréenne,  et moi avons fui avec terreur des serveuses affublées d’un hanbok de pacotille qui  proposaient en un français mâtiné d’un idiome asiatique autre que le coréen, des plats ne correspondant pas à ce que nous attendions.

L’Office du Tourisme de Corée ne peut-il trier le bon grain et l’ivraie, séparer le kimchi et le tabasco en quelque sorte,  en délivrant, après exament et tests,  un label qui atteste la qualité des prestations offertes ou en éditant, tous les ans, un guide où les étoiles seraient remplacées par des kimchis, c’est-à-dire des feuilles de chou, stylisées, rougies par les piments ?  Un, deux, trois selon le plaisir papillaire et l’orthodoxie culinaire.

Celà éviterait que ne circulent des versions contrefaites et perverties des plats phares de la gastronomie coréenne, qui véhiculent une image détestable du savoir-faire et du savoir-goûter de la péninsule.

Le patrimoine, ça se protège et ça se respecte. (Une initiative similaire serait d’ailleurs la bienvenue de la part des autorités chinoises et japonaises.)

D’autant que les origines historiques de certains plats coréens puisent dans un passé ancien, tout comme la racine de gingseng sauvage s’enfonce dans le sol.

Lisant deux volumes, hérités d’un grand-père pharmacien, dont le titre est Histoire générale des drogues simples et composées, écrits en 1735 par le sieur Pomet, marchand Epicier et Droguiste, je suis tombé sur un passage décrivant une prescription qui  n’est ni plus ni moins que la recette du samgyetang,  ce coquelet au riz, au gingseng et aux jujubes, qu’à mon grand regret je n’ai jamais trouvé à la carte d’un « bon » retaurant coréen.

Je vous la livre, dans son jus, même si la lecture de ce passage, en style et graphie du XVIIIème, exige un petit effort. La chute est délicieuse. On imagine les rêves qui accompagnent la torpeur post prandiale.

Samgyetang Corée 10001

La Corée, pour la bonne bouche‏

La gastronomie du Pays du Matin Calme est une des éléments de la « Coréanité », tout à fait à part des cuisines chinoises – à dessein au pluriel – et de la japonaise.
La seule différence ne réside pas dans l’usage de baguettes en métal ou dans la présence gustative et olfactive, du kimchi.
L’un des plats majeurs , consommé en été, est le samgyetang. Pour faire court : un coquelet farci de riz collant, de ginseng et de quelques jujubes, longuement cuit dans un bouillon.
J’ai retrouvé la trace de cette recette dans un ouvrage en deux volumes, écrits en 1734 par le sieur Pomet, marchand épicier et droguiste. La voilà, telle quelle, avec ses 276 printemps. Elle n’a pratiquement pas pris une ride:
« On prend une poule dont la chair et les os sont noirs.On la vide bien. On la nettoie.Puis on prend des nids d’oiseau qu’on amollit avec de l’eau et qu’on déchirepar petits filets. On coupe du ginseng en petit morceaux, puis on met le tout dans le corps de la poule, dont on coud le fondement. La poule est mise ensuite dans une porcelaine couverte, qu’on met dans une marmite pleine d’eau. On fait bouillir cette eau jusqu’à ce que la poule soit cuite. Après quoi, on laisse la marmite sur la braise et les cendres chaudes toute la nuit. Le matin, on mange la poule, le ginseng et les nids d’oiseau, sans sel ni vinaigre. Après avoir mangé le tout, quelquefois on sue. »
Un regret: que le samgyetang ne figure sur la carte d’aucun restaurant coréen de Paris. Remède miracle par temps de canicule, la Sécu devrait rembourser l’addition.
A vos baguettes, à partir de juillet !

CONFUCIUS ET LE COUTEAU DE BOUCHER

Une collaboratrice de l’Université de Perpignan a été tuée par un étudiant chinois, armé d’un long couteau. Un psychiatre a reconnu son irresponsabilité au moment où les faits ont été commis.

J’ignore tout du contexte de ce drame, mais mon expérience d’ancien professeur à l’Université de Suzhou (Jiangsu) et une assez bonne connaissance des conditions dans lesquelles les étudiants chinois conduisent leurs cursus universitaires en France me conduit à analyser certaine composantes de leur situation , d’autant que des faits divers récents – le cas d’espionnage industriel par une étudiante de l’IUT de Compiègne, les « diplômes »

délivrés par un département de l’université de Toulon – alimentent régulièrement les chroniques et donnent libre cours aux fantasmes.

1/ A l’inverse de leurs collègues en provenance d’Etats lointains, la plupart des étudiants chinois sont issus de familles peu fortunées qui se sont endettées pour financer cette coûteuse expatriation, même si le montant global de l’investisement « formation universitaire » en France reste largement en deça de ce que demandent nos voisins européens.

D’où l’énorme pression à laquelle sont soumis ces étudiants, porteurs de l’honneur et des ambitions du groupe familial, condamnés à la conquête, à tout prix, de la peau d’âne qui leur vaudra gloire et profits au retour au pays. L’échec est inconcevable.

2/ Avant l’inscription et la délivrance du visa, le niveau de maîtrise de la langue française a, normalement, été validé.

En fait, de multiples trous existent dans ce dispositif, ce qui permet de passer à travers les mailles du filet et de se retrouver, ensuite, devant d’insurmontables difficultés de compréhension et d’expression, notamment pour l’écrit.

Conséquences : d’interminables et épuisants apprentissages, par coeur, de bibliographies non assimilées et le recours massif au « copier-coller ».

Ce système ne peut d’ailleurs perdurer qu’avec la complicité de certains professeurs, arborant leur multiculturalité comme Monsieur Prud’homme son sabre, désireux de gonfler les effectifs de leur département, mésusant de leurs pouvoirs et, au final, surcotant ces étudiants.

La plupart du temps, les travaux sont indigents dans le fond et charabiesques dans la forme.

3/ Autant l’accès à des disciplines scientifiques n’est pas insurmontable, autant l’inscription dans des secteurs tels que le droit, les sciences humaines, la littérature,…doit être réservée à des candidats qui maîtrisent parfaitement l’expression orale et écrite mais aussi l’arrière-plan culturel et les modes de raisonnement et d’argumentation. ( Une incidente : la traduction en coréen ,dite définitive, de l’Ulysse de Joyce, par le professeur KIM Chong-keon contient 3.379 notes en bas de page…).

Les grandes écoles , quant à elles, ont des modes de sélection bien adaptés et, une fois l’étudiant en place, l’encadrent et le suivent, conscientes de leur obligation de résultat.

Ailleurs, celui-ci est laissé dans une insupportable solitude et à sa déréliction

Du vent dans les voiles…‏

Le port du voile : voilà un vocabulaire quasi maritime.

Sauf qu’entre le voile et la voile, il y a,  plus que la différence du genre, celle du sens.

L’expression « mettre les voiles », en faisant planer le doute sur le masculin ou le féminin, ne manque pas de sel (marin ) et  laisse libre (long) cours aux interprétations.

Pourrra-t-on conduire sa voiture costumé tel Zorro chevauchant sa monture et jouer à cache-cache dans les bureaux et à les piscines, acteur d’un bal masqué quotidien, ou sera-t-on dans l’obligation, au risque de condamner aux délocalisations les fabricants de maquillage et Gillette aux plus hauts sommets boursiers, d’apparaître sans fard ni artifices, glabre et sans piercing, le visage nu tel qu’au premier jour ?

Ce qui me désole, c’est l’absence de toute scénographie de cet évènement, qui s’apparente à la querelle narrée par Gulliver, lors de son voyage à Lilliput, entre gros et petits « boutiens », qui se crêpaient le chignons sur l’extrémité de l’oeuf qui devait être cassée pour l’ouvrir. 

Au temps des potes auxquels il était interdit de toucher, le jaune des  paumes illuminait les boutonnières badgées.

Récidivons avec un slogan, un graphisme et une zizique.

1ere  option : Carguez les voiles !

D’où : « Nique le niqab ! »

            Le délicat  profil de Shéhérazade  sur fond de soleil couchant

            Du slam, les décibels à foison étouffant l’indigence des textes et la pauvreté des rimes

2nde option : Hissez les voiles ! 

    D’où: « Touche pas à mon niqab ! »

             Une kalachnikof croisée avec un cimeterre sur fond d’Occident en feu

             Du Debussy ( au choix ) ou la suavité du 2nd mouvement (Romance ) du concerto No 20 de W.A. Mozart.

L’oxymore a des vertus.