Archives pour la catégorie Corée

Press, Romanciers Coréens

L’ART DE LA CONTROVERSE

  • De Hyoung-Su Park, François Blocquaux, Ki-jung Lee

  • Parution : 09 mars 2016

Park Hyoung-su a le génie de porter à leur paroxysme des situations ordinaires jusqu’à en faire des tragédies burlesques. Ses récits sont menés tambour battant avec un humour ravageur. Les héros de ses nouvelles – si l’on peut parler de héros – pratiquent volontiers l’autodérision et cachent sous une allure agressive teintée d’un complexe de supériorité une grande vulnérabilité née de profondes blessures intimes.
En toile de fond se dessine l’injustice de la condition humaine.

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Capture d’écran 2016-04-08 à 18.22.39« Sur le squelette de mes souvenirs d’adolescent, j’ai drapé quelques haillons romanesques », écrit Lim Chul-woo (né en 1954) en épilogue du Phare, suite de son bestseller, Je veux aller dans cette île(L’Asiathèque), récit de son enfance sur l’île de Wando. Comme une parenthèse dans l’oeuvre politique de cet auteur engagé, le journal de bord de son jeune héros, débarqué avec mère et soeurs dans un « hameau de foutraques » de la banlieue de Kwangu, entraîne le lecteur au coeur de la Corée des petites gens. De saynète en saynète, Cheol, 12 ans, gamin turbulent au grand coeur et à la haine tenace (envers le père volatilisé), brosse avec une grande fraîcheur le portrait de ses voisins de peine. Un bel hommage à toutes les mères courage des années 1960.

Marianne Payot

LE PHARE, par Lim Chul-woo, trad. du coréen par François Blocquaux et Lee Ki-jung. L’Asiathèque, 296p., 25€.

L’Art De La Controverse – Park Hyoung-su

lart-de-la-controverse-couvertureUn recueil de nouvelles à découvrir de toute urgence
Qui d’autre que L’Asiathèque pour donner un relief littéraire à l’Année France-Corée 2015-2016 ? Avec sa collection Liminaire, et plus précisément la nouvelle Halabeoji, l’éditeur nous a permis de découvrir une petite partie des mœurs coréennes. Avec L’Art De La Controverse, de l’écrivain Park Hyoung-su, jeune auteur reconnu par ses pairs, nous abordons là un recueil de nouvelles dont le fil rouge semble être de trouver tout l’aspect cocasse de situations qui ne le sont pas vraiment.

L’Art De La Controverse est un recueil de six nouvelles, dans une forme on ne peut plus classique. Mais attention, car le contenu l’est beaucoup moins. Débutons par la courte histoire qui donne son nom à l’ouvrage. « L’Art De La Controverse » est un petit bijou d’humour corrosif. La situation est simple : le narrateur, qui participe à un important forum sur l’Extrême-Orient, croise le chemin de Hyeon, éminent professeur de son état. S’installe alors une joute entre les deux personnages, à grands coups de rhétoriques, toutes bien pesées et parfois bien machiavéliques. Le style de cette nouvelle est jouissif au possible, tant l’écrivain prend du plaisir à imager le « combat » de différentes techniques. On sent que Park Hyoung-su a lu L’Art d’avoir toujours raison ou Dialectique éristique d’Arthur Schopenhauer, mais l’a aussi digéré. Ici, point besoin de donner au lecteur une méthodologie, encore que l’on peut trouver bien des réflexions justes, mais surtout une sorte de match de ping-pong, à grands coups d’arguments plus ou moins piquants. L’humour qui s’en dégage fait grand effet, tout comme la volonté de l’auteur à construire ses personnages. Enfin, surtout le narrateur, dont les flash-backs le replongeant dans les joutes dialectiques de son enfance sont savamment distillées. En ressort un équilibre qui donne à cette nouvelle une grande force, en plus de son aspect comique.

L’Art De La Controverse opère, donc, une entrée en matière très réussie. La suite est à l’avenant, avec une retenue sur une histoire un peu en retrait. Ce n’est pas le cas de « Lapins : Mode D’Emploi« , nouvelle dans laquelle Park Hyoung-su s’amuse à décrire une dispute de couple complètement farfelue, à l’issue tellement inattendue que l’on ne peut que vous pousser à la découvrir par vous-même. En partant d’une querelle assez ridicule, l’amour étrangement immodéré de la femme pour un couple de lapins fraîchement acquis, l’auteur arrive même à capter certaines étrangetés des rapports entre les hommes et les femmes. Dans « Par ici, par là« , l’on s’attache à un fermier qui, depuis quarante ans, passe par le même chemin pour rejoindre son champs. Jusqu’à ce que, un jour, il décide de ne pas passer par ici, mais plutôt par là, et le lecteur d’emprunter avec lui le chemin de la loufoquerie à l’état brut. « Krabi » est peut-être la nouvelle la moins mémorable de ce recueil, même si l’histoire de ce narrateur, dont les souvenirs fragmentés d’une station touristique Thaïlandaise sont la base d’un récit faisant intervenir une problématique un peu surfaite, ont de quoi provoquer un humour certain.

Humour corrosif et poussées poétiques
Mais L’Art de La Controverse repart de plus belle avec « Le Chauffeur et l’économiste« , dialogue entre un taxi et un personnage important du monde des affaires, qui va devoir écouter les malheurs de celui qui tient le volant. Une nouvelle d’une profondeur étonnante, qui pose bien des questions aux lecteurs, notamment sur la notion de destinée. Pour boucler ce recueil, « Menace sur le territoire » est une sorte de sucrerie que l’on ne peut pas refuser, et ce même après un repas bien copieux. Cette nouvelle raconte l’histoire d’un passager en voyage dans un train. Comme beaucoup de gens, il aime son confort, et voit d’un mauvais œil que d’autres puissent rentrer dans sa bulle. Ainsi, il réserve non seulement sa place, mais aussi celle d’à-côté de lui, dans l’optique de ne pas se faire déranger. Hélas pour lui, le personnage va devoir faire des pieds et des mains pour conserver cette tranquillité, au prix parfois de réactions quelques peu exagérées. Une situation ubuesque, le lecteur ri beaucoup face à certaines comportements grandiloquents, mais qui semble provoquer quelque chose chez le personnage, ce qui donne à cette nouvelle une saveur un peu douce-amère.

L’Art De La Controverse est l’une des découvertes les plus agréables de ce début d’année 2016. L’auteur use d’un style très accrocheur, simplifiant les situations mais pas leurs significations, tout en réussissant à créer une ambiance étonnamment abracadabrantesque qui n’hésite pas à se jouer des mots (superbe traduction signée François Blocquaux et Ki-jung Lee) afin de reformer le réel, lui donner un aspect moins terre à terre. Parfois au seuil du genre fantastique, en ne s’évitant jamais une poussée poétique, mais toujours en maîtrisant ses récits d’une plume raffinée, Park Hyoung-su se fait immédiatement un nom. En espérant que le reste de son œuvre réussisse à se faire un chemin jusque sous nos latitudes… Aux éditions L’Asiathèque, 168 pages, 16.00€.

Par Mickaël Barbato, le 21 mars 2016

L’ASTRE MORT

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Cherchez l’intrus !
Cette photo a été publiée dans un quotidien coréen en langue anglaise de Séoul.
On le trouve vite car c’est le seul « long nez » parmi 17 « autres » : l’ambassadeur de Corée en France, le délégué permanent auprès de l’UNESCO, le président de KBS, une chaîne de télévision, et 16 artistes de groupes de K-pop ( composition chimique : R’n’B + pop + hi-popqui se sont produits à Bercy devant 10.000 spectateurs enflammés le 9 février,
Il est le seul à ne pas brandir le poing,
Coucou ! C’est lui ! Jack ( Lang ).
Hilare, sourire aux implants, façade ravalée, frétillant comme un gardon dans le Han, le fleuve qui traverse Séoul, il est au premier rang, encadré par des filles court vêtues et par des garçons androgynes.
Cependant, il y a un hic.
Sans doute considéré comme élément négligeable ou parasite, il n’est pas mentionné dans la légende non plus que dans l’article en pages intérieures.
L’homme pourrait, tel Georges Clooney pour Nescafé, devenir l’icône de Hankook, le fabricant coréen de pneumatiques, car il est increvable.
Line Renaud de la politique, ses bientôt 73 ans ne sont pas, à ses yeux, un obstacle pour briguer un nouveau mandat de député ou préempter un maroquin ministériel.
Ce bain de foule musical est peut-être dû au fait que, missionné il y a quelque temps pour aller à Pyongyang afin d’étudier la mise en place d’un embryon de représentation française, il a mentalement fusionné Corée du Nord et du Sud et franchi le 38 ème parallèle et la Zone démilitarisée qui est une des régions les plus surveillées du globe.
Las ! Au Nord, la dynastie des Kim joue plutôt de la trique que de la guitare électrique.
Dans la galaxie socialiste, Lang n’est pas la seule étoile éteinte à envoyer un signal posthume et une froide lumière.
Ces astres morts sont de vivants désastres.
Tous ces personnages qui piaffent d’impatience, sentant venir l’écurie confortable et le ratelier garni, sont des cailloux inertes gravitant à des années-lumières de notre monde.
Fabius, le sourcil levé, et se remémorant les nationalisations de 1982 « Nous serons prêts. »
Hollande, se targuant de ses racines corréziennes, et Royal, en lévitation, écoutant le notaire lisant convention de partage des biens de la communauté : « A Madame, la chambre-à-coucher de l’Hôtel de Lassay, à Monsieur, celle de l’Elysées ».
Moscovici, ici. D’autres,là (à l’exception notable de DSK).
« Et pourtant, elle tourne. »
Galilée l’a dit.