Joseph Bara, Guy Môquet, Robespierre et Nicolas Sarkozy

Le parallèle entre le jeune tambour Bara qui, selon l’imagerie populaire, périt, âgé de 14 ans, en 1779 sous les coups des Vendéens pour avoir crié : «  Vive la République ! » aux lieu et place de « Vive le Roi ! » et Guy Moquet fusillé à 17 ans, en 1941, au motif qu’il était « communiste », saute aux yeux.

 Le même héroïsme juvénile, la même volonté d’engagement sans calculs, le même mépris de la mort dès lors qu’est en jeu l’essentiel, qui ne tolère aucune compromission.

L’un et l’autre ont une rue à Paris.

Bara, le révolutionnaire, dans le bourgeois VIème arrondissement. La voie relie la rue N.D.- des-Champs et la rue d’Assas. Ce Louis, chevalier d’Assas, capitaine au régiment d’Auvergne, est de bonne fréquentation. N’est-il pas mort héroïquement lors de la Guerre de Sept Ans, en 1760, sous les coups des Anglo-Hanovriens, en alertant ses troupes aux cris de : « A moi, Auvergne, ce sont les ennemis ! » ?

Pour Môquet, l’arrondissement est plus populaire, ethnique et gouailleur : le XVIIIème. La rue butte d’un côté sur l’avenue de Clichy et de l’autre sur l’avenue de St-Ouen.

Un plus cependant pour lui : une station de métro dans le même quartier. Bara n’a pas eu cet honneur posthume.

Côté iconographie,  un timbre à l’effigie de Môquet, valeur faciale O,54 €, gravé par Beaujard, mis en circulation en 2007.

Barra

Weerts,La mort de barramoreau vautier_barra 

 

 

 

Pour Bara, quelques peintres – David, Weerts, Moreau-Vauthier – se saisirent de leurs pinceaux, dans des veines diverses : David, c’est un Bara complétement nu, sans blessure, étendu sur le flanc gauche, les cheveux noirs, longs et bouclés, vaguement hermaphrodite, sur un fond neutre ; Weerts, un combattant, dans le feu de l’action, affrontant un Chouan armé d’une faux, alors qu’un autre l’attaque de dos, avec une pique, un cheval cabré en second plan ; Moreau-Vauthier, un Bara très « dormeur du Val », étendu sur le dos, dans une flaque de sang, à côté de son tambour.

 Un flottement identique autour de leur nom de famille.

Môquet, Mocquet ? Les deux orthographes se trouvent. Parmis les quatre dédicataires du poème La Rose et le Réséda d’Aragon, Guy Mocquet figure aux côtés de Gabriel Péri, d’Estienne d’Orves et Gilbert Dru.

Bara : avec un « R » ou deux « R » ? Selon les documents, l’orthographe varie et le Larousse des noms propres admet les deux.

Deux poètes, Chénier et Aragon, ont immortalisé ces deux jeunes.

Sur une musique de Méhul, le Chant du Départ, de Chénier, met dans la bouche d’un enfant ce vers : «  De Barra, de Viala, le sort nous fait envie ».

La postérité littéraire, pour Aragon, à la gloire de celui qui croyait au ciel et de celui qui n’y croyait pas prend la forme d’une dédicace à quatre illustres résistants, dont Môquet.

Mais alors, Robespierre et Sarkozy ?

Suscitant débats et controverses, le Président a demandé que la dernière lettre que Guy Môquet écrivit à sa « petite maman adorée », à son « petit frère adoré » et à son « papa aimé » peu de temps avant de passer devant le peloton  d’exécution, soit lue et commentée dans les écoles de France et de Navarre, des DOM/TOM et autres Terres australes.

Ces quelques lignes, d’une sage écriture sur papier quadrillé, aussi émouvantes dans la simplicité de leur graphie  que les pages du Journal d’Anne Franck, rejoindront de la sorte notre Panthéon littéraire.

Robespierre voulut, aussi, faire de Bara une icône et un exemple.

La lecture du catalogue d’un libraire spécialisé dans les ventes d’autographes révèle que  l’Incorruptible, tel qu’en atteste un document rédigé de sa main, décida, le 8 nivôse, que «  la Convention décernera les honneurs du Panthéon au jeune Bara et que David sera chargé de donner tous les soins à l’embellissement de cette fête nationale. »

Enfin «  Le portrait du jeune Bara sera placé dans toutes les écoles primaires. »

La signature suit.

Mais, les deux lignes qui composent cette dernière phrase sont doublement raturées : d’un trait horizontal et en diagonale.

Un décret de la Convention reprit l’ensemble de ces dispositions : le Panthéon, David dans le rôle du peintre, ainsi que l’affichage de la reproduction de ce tableau, aux frais de l’Etat, dans les écoles.

Las !

L’Histoire et la petite histoire changèrent la donne.

Le 9 thermidor et la chute de Robespierre perturbèrent finitivement le calendrier. Le cérémonial fut renvoyé aux calendes grecques et la dépouille de Bara ne fut jamais transférée dans le Temple de la Gloire où la patrie reconnaissante accueille ses grands hommes.  

Quant à la fin du jeune Bara, pour tragique qu’elle fut, elle n’eut pas rendez- vous avec la légende écrite par Robespierre.

Neuvième enfant d’un garde-chasse, né à Palaiseau, Joseph était le domestique d’un officier, Desmarres, cantonné à Bressuire. Alors qu’il promenait des chevaux, il fut assailli par des voleurs qui le tuèrent. Desmarres signala le fait au Ministre de la Guerre et sollicita une pension pour la mère.

Désireux de monter le fait en épingle et de le dramatiser, les politiques se saisirent alors de l’affaire en lui donnant une dimension épique.

Barère écrivit dans Le Moniteur du 8 nivôse : 

«  Les Français seuls ont des héros de 13 ans. ».

 A Rimbaud clôturer ce propos et d’en tirer la morale. Dans Roman, il rimait, à 16 ans, soit pratiquement l’âge de Môquet et Bara, : 

«  On n’est pas sérieux quand on a 17 ans Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade… »

Une réflexion au sujet de « Joseph Bara, Guy Môquet, Robespierre et Nicolas Sarkozy »

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