L’homme et le style

 Frêche estime que Fabius n’a pas une tronche de catholique.

Peut-on dire que, franchissant la ligne jaune, il a commis une infraction lourde , justifiant le retrait immédiat de son permis d’élire socialiste ?

Ou bien, se verra-t-on taxer, comme cet agrégé de droit, de racisme, l’adjectif qui qualifie la ligne renvoyant, au delà d’une entorse au Code de la route, à la couleur de l’étoile que les nazis enjoignaient aux Juifs d’arborer  ?

Bussereau assimile certaines personnes à des harkis, pour illustrer des attitudes qui génèrent un grande désordre dans les candidatures aux régionales

Aurait-il dû, plutôt, s’exclamer : « Quel souk ! » ?

Le risque majeur, pour lui, était de s’entendre condamner d’une dérive langagière puisant ses racines dans un inconscient glauque et boueux, et des stéréotypes outrageants pour les habitants de pays où l’arabe, sous ses diverses versions, est parlé.

Les cris poussés par les gardiens du langage laïc et républicain ressemblent, à s’y méprendre, à ceux des orfraies. Ils réclament une chasse à courre aux expressions imagées dont est émaillé notre vocabulaire.

Les fumées des autodafés, les auraient-ils oubliées ?

Si cette ambiance persiste, le téléphone arabe m’informe que je dois filer à l’anglaise, après avoir ri jaune à l’écoute d’histoires belges racontées par des policiers souls comme de Polonais, escortés d’hommes de la Mafia et de gangsters de Chicago.

 Imaginons un instant les situations qui pourraient se présenter avec la Chine, si celle-ci prenait la mouche !

Sarkozy jeté dans les griffes des dragons  pour avoir dit au Président Hu :« Epargnez- moi vos chinoiseries ! ».

L’ambassadeur de Chine à Paris exigeant que le célèbre café des Deux Magots change son enseigne au motif que ces personnages offrent une image ridicule et dévalorisante du pays qu’il représente et que ce lieu mythique devienne, en ces temps de préoccupations écologiques, et par souci de symétrie ( Ying et Yang) avec Le Flore voisin, le Café de Faune.

Hélas, le ridicule ne tue pas.

Je ne sais plus quelle haute autorité morale a demandé que le Tintin au Congo, de Hergé, soit expurgé des phylactères et cases jugés  désormais  racistes à la lueur de nos Nouvelles Lumières.

Des associations américaines, protectrices du loup, se sont élevées de façon virulente contre l’image terrible que Prokofiev a donnée de l’animal dans Pierre et le Loup.

Tout dernièrement, certains groupes ont demandé que l’écrivain Ungerer fasse disparaître de la couverture d’une histoire pour enfants – Les trois brigands – les hallebardes, bien trop violentes, belliqueuses et traumatisantes pour de jeunes neurones.

A tous ces procureurs, caviardeurs de textes et  metteurs à l’index, une consigne : lisez Tartuffe !

Revenons à nos moutons, Frêche et Bussereau.

Que les électeurs concernés fassent leur choix, le bulletin de vote étant une manifestation somme toute bien agréable de la liberté d’expression.

S’agissant d’éloquence politique, puisque c’est de celà qu’il s’agit,  Jaurès la définissait ainsi : «Le geste part, la parole suit, la pensée vient presque aussitôt. »

Mais, mesurées à l’aune du taux de chômage et du ratio Dette publique/PIB, ces querelles sémantiques, que font-elles sinon amuser la galerie et nous barbouiller les carreaux ?

3 réflexions au sujet de « L’homme et le style »

  1. Marc Gelone

    « Frêche estime que Fabius n’a pas une tronche de catholique »

    C’est tout de même effrayant de voir avec quelle rapidité la réalité se transforme. On change un seul mot et c’est toute la signification d’une phrase qui en est déformée… Mais peut-être l’auteur a-t-il fait exprès…

    Répondre
    1. F.B.

      Je n’ai pas reproduit les mots de Frêche littéralement, mais je ne pense pas en avoir altéré le sens.
      Expliquez-moi votre réaction !

      Répondre
      1. Marc Gelone

        « …mais je ne pense pas en avoir altéré le sens. »

        C’est que vous ignorez, alors, l’existence de l’expression « ne pas avoir l’air très catholique » qui signifie :

        « Peu conforme à la morale, sujet à caution, douteux »

        …alors que dire de Fabius qu’il n’a pas « une tronche de catholique », revient à dire implicitement qu’il a une « tronche d’autre chose » et, en l’occurrence, étant données ses origines et sa physionomie, une « tronche de Juif », il n’y a pas d’autre interprétation possible.

        La première formule joue donc sur et avec les mots, la seconde est franchement agressive et péjorative, tout l’esprit du propos de Frèche en est modifié.

        Et si d’aventure la nuance vous échappe, je peux vous affirmer que si Frêche avait dit « Fabius n’a pas une tronche de catholique », personne n’aurait pu prendre sa défense. Justement, parce que cela serait revenu à dire « Fabius a une tronche de Juif ».

        Répondre

Laisser un commentaire