Ne parle pas la bouche pleine !

Grimod de La Reynière ( 1758-1838) n’aurait pas prononcé cette mise en garde éducative, que mes parents m’ont serinée pendant les repas familiaux.
Dans ses Ecrits gastronomiques , il cite un vieux proverbe : Les morceaux caquetés en paroissent meilleurs.
Et poursuivant sa démonstration : » Cet adage est si vrai, que, quoique les Chartreux fussent très bien nourris, la loi qui leur prescrivoit le silence lorsqu’ils mangeoient en commun, étoit celle dont l’observance leur paroissoit la plus rigoureuse. Ils auroient préféré, à leur chère splendide, un repas d’anachorète, avec la liberté de parler tout à leur aise.
Une conversatio animée, pendant le repas, n’est pas moins salutaire qu’agréable; elle favorise et accélère la digestion, comme elle entretient la joie du coeur et la sérénité de l’âme. Elle est donc sous le rapport moral, comme sous le rapport physique, un double bienfait; et le meilleur repas pris en silence ne sauroit faire du bien au corps , ni à l’esprit. »
C’est de la diététique verbale. Je m’étonne qu’aucun coach ou gourou n’ait encore proposé ce genre de thérapie aux couples en perdition, aux multinationales en mal de communication interne, aux partis politiques quêtant l’électeurs et aux tenanciers des McDo.
Il existe cependant des pays, comme la Corée, où la bienséance commande de ne pas parler en mangeant, l’attention du convive étant totalement portée aux mets qu’il déguste, sans qu’aucune distraction vienne l’en abstraire.

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