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Benoît Jacques, La Genèse, Caïn et Abel, l’erreur judiciaire ?

genese1Bien souvent, le traducteur s’empare du texte de départ pour en faire, à l’arrivée, un produit qui n’a plus grand chose à voir ni avec le style ni avec le fond de la pensée de l’auteur.

Tradutore, tradittore, disent les italiens.  Le traducteur est un traître.

Les illustrateurs, alors ?

Eux aussi traduisent, c’est-à-dire interprétent les thèmes,les descriptions, les dialogues,les phrases, et, laissant libre cours à leur imaginaire, les transposent graphiquement , choisissant dans leurs propres palettes les couleurs appropriées.

 A tel point, que dans certains cas,- je pense aux gravures de Gustave Doré qui accompagnent les Contes de Perrault- le dessin est consubstantiel au texte, celui-ci devenant un contrepoint des images indissociable de celles-ci.

Flaubert, qui avait vu le piège, avait toujours refusé que ses oeuvres soient illustrées au motif qu’il craignait que ne soit représenté ce qu’il avait voulu cacher.

Ce détour pour arriver à La Genèse, le récit biblique des premiers âges de notre planète et, plus précisément, au meurtre d’Abel par son frère.

Benoît Jacques a prêté son coup de pinceau à l’illustration de la version de La Genèse traduite par Lemaître de Sacy, éditions du Chêne, 1995, 100 pages.

Trois vignettes en page 12, étagées verticalement.

Dans celle du haut, Caïn est représenté armé d’une houe, des épis mûrs en arrière-plan. Il porte une blouse jaune à manches longues et une sorte de braie marron.

Au milieu, Abel, maillot sans manche, courte culotte rose, un bâton à la main, campe devant quelques moutons.

La meurtrière case du bas représente le premier crime de l’Histoire, mais, contre toute attente, si l’on se réfère aux vêtements  tels que décrits, c’est Abel qui plante une épée dans le dos de Caïn qui bêche son champ.

La pasteur nomade règle son compte à l’agriculteur sédentaire, ce qui va directement à l’encontre du texte dans sa version française.

Sous le régime stalilinien, l’Histoire était réécrite en maquillant les photos de groupe et en faisant sur un nouveau tirage disparaître les dignitaires passés à la trappe.
Benoît Jacques est-il un révisionniste ? A quelles sources a-t-il eu accés pour introduire une faille dans cette millénaire certitude que Caïn est le premier à avoir fait couler le sang humain ?

Et si l’histoire avait commencé par une énorme erreur judiciaire ?  Si le coupable était, en fait, Abel ?

A la poubelle tous les tableaux représentant cette scène, et elles sont légion ces toiles de « maîtres » où la Justice poursuit le crime, accrochées dans les Palais de Justice et les musées.

A la poubelle, les poèmes et textes narrant cette tragédie. C’est Abel qui serait dans la tombe, scruté par un oeil vengeur.

L’onomastique serait prise en défaut.

Dans Caïn, il y a le I tréma de haïr et la dureté de la première syllabe, ce qui n’augure rien de bon.

Abel, au contraire, s’énonce avec douceur et fluidité ; la sonorité renvoie au cri des moutons paisibles qu’il garde.

Les auteurs et éditeurs – qu’il s’agisse de ceux du Livre Saint ou de la version Lemaître de Sacy/ Benoît Jacques – auront-ils le courage de publier un erratum ?