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Père, gardez vous à droite…

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42622729_1L’Allemagne fut hémiplégique sur son coté oriental pendant de longues années. jusqu’à ce que la partie handicapée, l’Est, démocratique sur le papier, se jette dans les bras de l’Ouest,

La péninsule coréenne est paraplégique depuis la fin de la guerre de Corée; paralysée au nord du 38 ème parallèle. La disparition de Kim Jong-il, variété asiatique du Père Ubu, ouvrira-t-elle la voie à un rapprochement avec le voisin ? La condition demeure, là aussi, dans l’abandon de l’adjectif « démocratique » dont s’affuble, tel un masque, la contrée du Nord. L’envoi par le fond de la frégate Chéonan, et ses 46 morts, en mars 2010, dans lequel la responsabilité de Pyongyang apparaît indubitable, est encore dans toutes les mémoires.

Quoiqu’il en soit, Séoul est dans la position peu enviable de Jean le Bon à la bataille de Poitiers, en 1356, à qui son fils, Philippe le Hardi, conseillait  » Père, gardez-vous à droite; Père, gardez-vous à gauche ! « 

En témoignent deux Mater dolorosa.

L’une est l’épouse d’un garde-côte, père de trois enfants, poignardé par le capitaine d’un bateau de pêche chinois que les militaires arraisonnaient au motif qu’il avait pénétré dans les eaux territoriales coréennes. La jeune femme, icône de la déreliction, est soutenue par deux collègues de son mari.

La seconde, figée dans le métal, symbolise les jeunes coréennes, arrachées à leurs familles et placées dans les bordels militaires japonais afin de servir au repos des guerriers. Cette statue vient d’être placée devant l’ambassade du Japon à Séoul, au grand dam de Tokyo qui invoque tout à la fois l’article 22 de la Convention de Vienne sur les respect dû aux représentations étrangères et un accord signé en 1965 qui constituerait le « solde de tout compte » des dommages causés pendant les 35 ans d’occupation.

Les rares survivantes de ces « femmes de confort », des hommes politiques; des journalistes, des citoyens, nombreux sont les coréens qui exigent du gouvernement japonais des signes tangibles de réparation, estimant que justice n’a pas été rendue sur cette douloureuse question.

AVIS AUX BRAQUEURS !

Le bouchon de carafe que Richard Burton avait offert à Liz Taylor vient de changer de mains, pour une enchère de 8,818 millions  $ dollars.

Ce caillou qui pèse 33,19 carats, soit 6,63 grammes, a été acquis par la société coréenne E. Land ( galeries marchandes, vêtements, … ), qui l’utilisera comme attraction dans le Parc à thème qu’elle gère à Daegu, une grosse ville industrielle du sud de la péninsule.

Sic transit gloria mundi …

Seoul, Monbae-dong.

SHAKE HANDS

 

 « Je t’en serre cinq », disent ces deux photos parues en juillet dans des journaux coréens.

Les mains

Ce n’est pas un top five, mais on n’est pas loin.

Mettant en scène quatre américains, et pas des moindres – le Président, un couple de généraux et un sergent-chef – elles en disent plus que de longs discours sur l’engagement militaire de U.S.A.

Le décor, très officiel et gourmé, est le même dans les deux cas.

Des étoile en nombre :   derrière le dos du sous-officier, sur les drapeaux décorant les murs de la salle Est de la Maison-Blanche,  comme semées par le bras droit de B. Obama, sur les épaules des généraux.

Mais, c’est dans la direction du regard que s’échangent ces personnes que la différence apparaît.

Yeux dans les yeux et « Tête droite ! » pour les deux haut gradés, qu’il s’agisse du petit sec qui quitte le commandement des 28.000 G.I.’s basés en Corée du Sud, ravi de céder sa place de gardien d’un 38 ème parallèle que taquine sporadiquement l’Ubu de Pyongyang, ou du grand costaud qui arrive et se fend du geste familier aux politiciens en campagne , non pas militaire mais électorale : le pétrissage de l’avant-bras de l’interlocuteur.

Au second plan, le Ministre coréen de la Défense est presque flouté

Le regard sur la main de l’autre, visage baissé, en revanche, pour le Président américain et le sergent-chef Leroy, retour d’Afghanistan et d’Irak.

Mais, peut-on utiliser le mot main pour celui-ci, tant est difforme et obscène la prothèse qu’il présente, avec ce pouce démesuré et ces doigts réduits à une phalange ? Les yeux d’Obama sont fixés sur cette mécanique orthopédique, vers laquelle sa main plonge, poignet cassé, dans une étrange gestuelle, aussi concentrés que ceux du champion de tennis suivant  la balle qui va rentrer dans sa raquette.

Alors que les deux militaires ont été saisis au moment où ils se serrent carrément la  pogne , le Président et le soldat sont figés dans un geste suspendu qui laisse imaginer la façon dont vont se rencontrer et s’emboîter la prothèse de l’amputé et la main de celui qui a signé les documents  l’envoyant au combat.  

La photo est la version civilisée et normalisée d’une caricature que Siné publia en 1959 dans un recueil intitulé Complaintes sans paroles avec d’horribles détails.

 Rien de tel qu’une histoire sans parole  – photo ou caricature – pour avoir le  mot de la fin et le dernier mot.

 

 

LA COMPETITION SCOLAIRE AU PAYS DU MATIN CALME

Dans la quiétude des vacances, TELERAMA se livre à une enquête, dans divers pays, sur les pratiques d’enseignement.

Quelle bonne idée d’avoir replacé dans le contexte culturel sud-coréen les résultats flatteurs de l’étude PISA qui évalue les élèves du secondaire dans le monde et range ce pays dans le peloton de tête des têtes bien pleines…voire bien faites !

La course au succès scolaire est, en effet, au coeur du système éducatif de cette société et les cours particuliers ( hagwon ) de tous ordres, et fort coûteux, sont entrés dans les moeurs, et ce, dès le plus jeune âge, générant un fructueux marché.

L’objectif final est de décrocher la meilleure place au concours d’entrée dans les Universités, qui, à l’instar de nos grandes écoles, sont classées selon une stricte hiérarchie plaçant au premier rang l’Université de Séoul, à elle seule l’ENA + Normale Sup. + HEC/ESSEC + l’X et Centrale.

Sortir de cette prestigieuse structure, c’est avoir la peau d’âne en or, qui, si vous êtes un garçon, fera de vous un produit de premier choix lors de la négociation de votre mariage, la promise étant alors dans l’obligation d’amener un patrimoine conséquent. D’un côté, les neurones. De l’autre, les wons.

Pour doter les chères têtes uniformément noires du bagage intellectuel suffisant, c’est donc le rythme des  prépas françaises les plus cotées dès le CE1, sachant que les jouets du bébé sont déjà choisis en fonction de leur potentiel éducatif.

Chaque jour,  des mini-bus sillonnent les ruelles et ramassent les bambins pour les conduire qui au cours d’anglais, qui à celui de taekwondo, qui à celui de maths, qui à celui de piano, car aucune discipline n’est laissée en friche.

Plus âgé, le lycéen trouvera refuge dans des salles de lecture, publiques ou privées : des box minuscules hébergent jusqu’à une heure avancée ces stakhanovistes du savoir et du QCM, jusqu’à une heure avancée de la nuit, pour potasser et réviser, et…dormir sur le sol, enveloppé dans un sac de couchage.

Ho Chol CHOI a croqué avec ironie et tendresse dans un ouvrage paru en 2008, intitulé La ligne circulaire Ulchiro, des scènes de la vie du séoulite (séoulais, séoulien, séoulois, séoulard… ?). Ces deux illustrations résument deux moments du système éducatif de cette petite péninsule frappée d’hémiplégie, comme le fut l’Allemagne pendant de longues années.

Pour ma part, j’adore, au premier plan de celle qui décrit une salle de lecture, la brosse-à-dents fichée dans le rouleau de papier hygiénique.