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La Tronche et la tronche

Deux noms peu usités, l’un propre, le second commun, qui, tout-à-coup ont les honneurs des médias et appartiennent pour un court temps au vocabulaire de l’actualité.

 Frêche, candidat aux régionales, désormais politiquement excommunié, lui et ses sectateurs, avait été puiser ce vocable pour étiqueter Fabius, qui ne s’était pas privé de quelques gracieusetés à son égard.  La réponse de la bergère languedocienne au berger normand fut d’une autre verdeur. Langue d’oc versus langue d’oïl.

Personne n’a relevé comme insultant l’usage de tronche, cependant catalogué dans Le Robert comme « fam. », qui renvoie à trombine et, de là, à tête et visage.

Le nom propre La Tronche, celui d’une commune près de Grenoble, se retrouve dans la rubrique des faits divers sinistres. Au cours de la nuit du 9 au 10 février, trois adolescentes y ont torturé pendant des heures un quinquagénaire pour lui extorquer ses économies.

TRONCHE : il est donc des mot maudits, avec ou sans majuscule, qui sous-tendent la violence, l’invective, la férocité, la brutalité et dont le seul prononcé renvoie à des abîmes de noirceur, en quelque sorte prédestinés à la tragédie.

Frêche aurait utilisé tête ( bien intello sauf quand elle est à claques), bille ( bien rond et rigolard ), frimousse ( naïf et enfantin) , gueule (viril, mais il en est de belles), trombine ( clownesque), facies ( policier ), l’adjectif catholique dont il l’avait flanqué eût sans doute perdu une partie de sa charge antisémite.

Quant à la bourgade theâtre des actes de barbarie, comment imaginer qu’auraient pu leur servir de décors ces lieux aux noms et sonorités enchanteresses qu’Eluard égrène dans Le Conscrit des cents villages ? « L’odorante fleur du langage », le poète la décèle à Caresse, Avoine, Abondance, Joyeuse, Bussy-le-Repos, Croismare, Pré-en-Paille, Trinquetaille, pour ne citer qu’eux.

Quelle pesanteur, quel poids, quelles « changeantes couleurs » ont les voyelles, mais aussi les consonnes !

Proust ne s’y était pas trompé : «Le nom de Parme, une des villes où je désirais le plus aller, …, m’apparaissait compact, lisse, mauve et doux… ; Lamballe qui, dans son blanc, va du jaune coquille d’oeuf au gris perle ; Coutances, cathédrale normande, que sa diphtongue finale, grasse et jaunissante, couronne par une tour de beurre ;… » (Du côté de chez Swann )

Alors, La Tronche et la tronche ?

Essayez donc de prononcer ces syllabes avec de la purée plein la bouche !!!

Les lettres s’entrechoquent, se fracassent et se brutalisent dans une cacophonie de bataille de rue. Même paisiblement énoncée, la succession des sons est d’une grande vulgarité.

Autant s’en détroncher, c’est-à-dire tourner la tête, se détourner, si l’on en croit le glossaire argotique d’Albert Simonin, en postface de Touchez pas au grisbi.

L’homme et le style

 Frêche estime que Fabius n’a pas une tronche de catholique.

Peut-on dire que, franchissant la ligne jaune, il a commis une infraction lourde , justifiant le retrait immédiat de son permis d’élire socialiste ?

Ou bien, se verra-t-on taxer, comme cet agrégé de droit, de racisme, l’adjectif qui qualifie la ligne renvoyant, au delà d’une entorse au Code de la route, à la couleur de l’étoile que les nazis enjoignaient aux Juifs d’arborer  ?

Bussereau assimile certaines personnes à des harkis, pour illustrer des attitudes qui génèrent un grande désordre dans les candidatures aux régionales

Aurait-il dû, plutôt, s’exclamer : « Quel souk ! » ?

Le risque majeur, pour lui, était de s’entendre condamner d’une dérive langagière puisant ses racines dans un inconscient glauque et boueux, et des stéréotypes outrageants pour les habitants de pays où l’arabe, sous ses diverses versions, est parlé.

Les cris poussés par les gardiens du langage laïc et républicain ressemblent, à s’y méprendre, à ceux des orfraies. Ils réclament une chasse à courre aux expressions imagées dont est émaillé notre vocabulaire.

Les fumées des autodafés, les auraient-ils oubliées ?

Si cette ambiance persiste, le téléphone arabe m’informe que je dois filer à l’anglaise, après avoir ri jaune à l’écoute d’histoires belges racontées par des policiers souls comme de Polonais, escortés d’hommes de la Mafia et de gangsters de Chicago.

 Imaginons un instant les situations qui pourraient se présenter avec la Chine, si celle-ci prenait la mouche !

Sarkozy jeté dans les griffes des dragons  pour avoir dit au Président Hu :« Epargnez- moi vos chinoiseries ! ».

L’ambassadeur de Chine à Paris exigeant que le célèbre café des Deux Magots change son enseigne au motif que ces personnages offrent une image ridicule et dévalorisante du pays qu’il représente et que ce lieu mythique devienne, en ces temps de préoccupations écologiques, et par souci de symétrie ( Ying et Yang) avec Le Flore voisin, le Café de Faune.

Hélas, le ridicule ne tue pas.

Je ne sais plus quelle haute autorité morale a demandé que le Tintin au Congo, de Hergé, soit expurgé des phylactères et cases jugés  désormais  racistes à la lueur de nos Nouvelles Lumières.

Des associations américaines, protectrices du loup, se sont élevées de façon virulente contre l’image terrible que Prokofiev a donnée de l’animal dans Pierre et le Loup.

Tout dernièrement, certains groupes ont demandé que l’écrivain Ungerer fasse disparaître de la couverture d’une histoire pour enfants – Les trois brigands – les hallebardes, bien trop violentes, belliqueuses et traumatisantes pour de jeunes neurones.

A tous ces procureurs, caviardeurs de textes et  metteurs à l’index, une consigne : lisez Tartuffe !

Revenons à nos moutons, Frêche et Bussereau.

Que les électeurs concernés fassent leur choix, le bulletin de vote étant une manifestation somme toute bien agréable de la liberté d’expression.

S’agissant d’éloquence politique, puisque c’est de celà qu’il s’agit,  Jaurès la définissait ainsi : «Le geste part, la parole suit, la pensée vient presque aussitôt. »

Mais, mesurées à l’aune du taux de chômage et du ratio Dette publique/PIB, ces querelles sémantiques, que font-elles sinon amuser la galerie et nous barbouiller les carreaux ?