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Découverte de Koreana

bibimbap-1-200x253Le numéro 4 de KOREANA, version française, étalait les plats de kimchi de sa couverture, verticalement, sous une affichette donnant les coordonnées d’un professeur de taekwondo, à proximité de journaux coréens gratuits, sous un rayonnage pleins de paquets de Shin Ramyun, hot and spicy.

Drôle d’endroit pour une revue qui se sous-titre « arts et culture de la Corée » !

Certes, l’emplacement est moins prestigieux que les présentoirs installés dans le hall d’accueil du Centre culturel coréen, mitoyen de l’hôtel particulier de l’Ambassade d’Irak, en face du Palais d’Iéna, dessiné par Auguste PERRET, qui abrite la vénérable assemblée consultative qu’est le Conseil Economique et Social et à deux pas du Musée Guimet, refuge des arts asiatiques.

Localisation moins branchée, aussi, que les vitrines de l’Espace Han-Seine, rue Monsieur-le-Prince, dans le Vème, qui a eu l’astuce de faire confluer les deux fleuves qui structurent les deux capitales, chacune ayant ses quartiers nord et sud et ses rives droite et gauche.

Néanmoins, cette galerie est typiquement coréenne en ce sens qu’elle rassemble, dans son espace de vente, un restaurant, un salon de thé, une librairie et des objets d’art. Allez trouver, à Paris, un tel patchwork, alors qu’ils sont légion à Seoul !

Revenons à KOREANA, que j’ai donc découvert dans un magasin installé dans une petite rue du XIVème arrondissement, près de la Porte d’Orléans, c’est-à-dire un quartier où les enseignes écrites en hangul sont rarissimes.

Cependant, la Place de Séoul n’est qu’à 1,5 km.

Curieuse dénomination, car il s’agit en réalité d’un jardin circulaire, d’une cour intérieure, avec petites allées dallées, plantée de fleurs, de plantes diverses et de haies, traversée par les seuls piétons et les voiture d’enfants du quartier, dissimulée aux regards par les immeubles gréco-romains, aux parois de verre, dessinés par Ricardo Bofill, et à laquelle donnent accès deux portes ménagées dans les grilles .

Le parallèle avec piwon, le jardin secret de Changdeokgung, à Séoul, saute aux yeux. A moins que ce modeste espace vert, isolé, protégé du fracas de la circulation et des bruits parisiens, ne soit un clin d’oeil humoristique et affectueux au Matin Calme, cher aux anciens voyageurs.

Après l’ironie de la toponymie, celle de la topographie.

A 300 mètres de la place, dans une petite voie à sens unique, qui vient buter rue Maison-Dieu , un bâtiment discret, dont les baies vitrée sont occultées au rez-de-chaussée par un store vénitien toujours baissé et aux étages par des voilages d’allure poussièreuse, se signale à l’attention des rares passants par une plaque dorée, qui doit être astiquée tous les jours, portant l’inscription « Délégation générale de la République démocratique de Corée dans la République française ».

Au dessus, un écusson, d’un doré terni. Deux gerbes d’épis – du riz, sans doute – encadrent, de haut en bas, une étoile à cinq branches, une chaîne de montagnes, un poteau métallique supportant une ligne électrique à haute tension, un barrage et un imposant immeuble.

A condition de lever le nez jusqu’au faîte, on aperçoit une énorme antenne parapluie dont les branches coiffent le toit et griffent le ciel.

La création de la Place de Séoul, qui date vraisemblablement de la vaste opération d’urbanisme qui a affecté le quartier de la Gare Montparnasse, est-elle postérieure ou non à l’implantation de la Délégation générale ?

Le Conseil Municipal de Paris, qui baptise les rues et les places, a-t-il vu l’enjeu planétaire et les interférences diplomatiques de son choix ?

A la pause de midi, les fonctionnaires de la RPDC viennent-t-ils lire au soleil, assis sur tranquillement sur les banc de la Place de Séoul ?

Autant de questions qui relèvent du droit international public.

Après cette longue digression qui a toutefois le mérite de camper en plein Paris le décor de la Péninsule, je reviens à ce qui m’amenait dans ce magasin : une urgence alimentaire.

 

Ma femme est née à Séoul. Les accès de  mal du pays, qui proviennnent de façon aussi fantasque et aléatoire qu’une crise de paludisme,  se traduisent par une pulsion subite et impérieuse de dégustation de kimchi.

Ce soir-là, le frigidaire ne contenait pas le moindre bout de chou coloré en rouge.

La chance étant notre côté, nous habitons dans la même rue et à trois numéros d’un établissement tenu par Mr et Madame KIM, qui offre aussi bien des plats coréens à consommer sur place ou à emmener que les produits basiques dont la cuisine coréenne fait classiquement usage.

Bien sûr, et sans dénigrer les aptitudes culinaires de Madame Kim, rien ne vaut le kimchi de  maman. Mais, à environ 10.000 kilomètres de ses bases, ma femme apprécie le chou fermenté made in France et par notre voisine.

J’attendais la barquette contenant le condiment désiré, en échangeant quelques mots avec le patron . Petit, rablé, septuagénaire, les cheveux d’un noir jais, Mr Kim est arrivé en France il y a plus de quarante ans. Son premier point de chute en Europe fut l’Allemagne de l’Ouest où il fut travailla dans une mine de charbon. Il repartit ensuite en Corée, s’y maria et vint en France avec son épouse.

Ils exercèrent leur activité dans la restauration. Leur deux filles, nées en France, non encore mariés, travaillent à Paris, après avoir suivi de bonnes études.

Quatre petites tables carrées occupent l’espace. Ce soir-là, à l’une, y dînaient quatre coréens, en mission pour le compte d’un chaebol implanté à Paris. Les décibels des voix et la couleur des joues étaient à l’exacte proportion des bouteilles de soju déjà vidées.

A une table voisine, discrète, une coréenne, devant un bibimpap, dont je sais, pour avoir conversé avec elle, qu’elle occupe un poste à la Bibliothèque nationale de France dans le département Asie, sur le fonds Corée.

Bref, aussi bien le dimension fort réduite du restaurant/magasin que l’ambiance sonore et la présence de ces expatriés  faisaient de ce lieu une enclave exterritorialisée de la Péninsule, un morceau de Corée et une sorte de hâvre où ressuscitait l’esprit du vieux pays.

Mais, par dessus tout, submergeant ce qui mobilisait la vue, l’ouïe, le goût, le toucher, c’est l’odorat qui était sollicité par le parfum flottant dans l’air, entêtant, subtil, aillé, aigrelet, reconnaissable entre mille, du kimchi de Madame Kim.

Et j’avais sous les yeux la couverture de KOREANA, et six bols contenant cinq variétés de ce plat, quintessence de l’art culinaire coréen.