Archives du mot-clé Proust

SIDERATIONS, FOUDROIEMENTS, EXTASES ET SATORIS

 

claudel

Paul CLAUDEL

…tel était ce malheureux enfant qui le 25 décembre 1886 se rendait à Notre-Dame pour y suivre les offices de Noël…J’étais debout dans la foule près du second pilier, à l’entrée du coeur, à droite, du côté de la sacristie et c’est alors que se produisit l’événement qui domina toute ma vie : en un instant mon coeur fut touché et je crus.

( Contacts et circonstances )

 

 

munkacsy

 

Henri CARTIER-BRESSON

En 1932, je vis une photographie de Martin Munkacsi, de trois enfants noirs courant vers la mer et je dois dire que c’est cette photo qui fut pour moi l’étincelle qui déclencha le feu d’artifice…et me fit prendre conscience du fait, et ce soudainement, que la photo pouvait atteindre l’éternité à travers le moment. C’est le seul photographe qui eut sur moi de l’influence. Il y a, dans cette image, tant d’intensité, de spontanéité, une telle joie de vivre, tant de merveilleux, que j’en suis encore ébloui même aujourd’hui.

 

Jean RACINE

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;

Un trouble s’éleva en mon âme éperdue ;

Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;

Je sentis tout mon corps et transir et brûler.

(Phèdre, Acte I, scène 3)

 proust

Marcel PROUST

( L’alchimie du thé et « d’un de ces petits gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille Saint-Jacques »)

Puis un deuxème fois, je fais le vide devant lui ( mon esprit ), je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s’élever, quelque chose qu’on aurait désamorcé à une grande profondeur ; je ne sais ce que c’est, mais cela remonte lentement ; j’éprouve la résistance, et j’entends la rumeur des distances traversées.

A la recherche du temps perdu, Un amour de Swann

flandreJulien GRACQ

On cède de tout son long à l’herbe. La pensée évacue ses postes de guet fastidieux et replie le réseau de ses antennes inutiles. ; elle reflue de toutes parts vers la ligne d’arrêt de la pure conscience d’être…et dans ce milieu où toutes les pressions s’annulent, (on n’est) rien de plus…qu’un ludion désancré qui flotte jusqu’à la nausée entre l’herbe et les nuages.

…on se sent là, aux lisières attirantes de l’absorption, une goutte entre les gouttes, exprimée un moment avant d’y rentrer de l’éponge molle de la terre.

 Liberté grande (La sieste en Flandre Hollandaise)

 

ARCHIMEDE

« Eureka ! »

paulPAUL de TARSE

Les Actes des Apôtres décrivent  la conversion de Paul, alors qu’il cheminait sur la route de Damas en quête de chrétiens qu’il voulait ramener prisonniers à Jérusalem.

 

Ainsi je me rendais à Damas avec pouvoir et mandat des grands prêtres. Au milieu du jour, en chemin, je vis. venant du ciel, plus éclatanre que le soleil, une lumière qui resplendit autour de moi et de mes compagnons. Nous tombâmes tous à terre, et j’entendis une voix qui me disait en hébreu :Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ?

Moi je dis : Qui es-tu Seigneur ?

La Seigneur répondit : Je suis Jésus, celui que tu persécutes. Mais lève-toi et tiens-toi sur tes pieds. Car voici pourquoi je te suis apparu :pour t’établir serviteur et témoin de la vision dans laquelle tu viens de me voir…

Dès lors, je n’ai pas été indocile à la vision céleste.

 

Jean-François CHAMPOLLION

« Je tiens mon affaire. »

champollionLe 14 septembre 1822, peu avant midi, brûlant la politesse  à ses rivaux en décryptage des hyéroglyphes égyptiens illisibles depuis quinze siècles, Champollion vient de tirer au clair le mystère de cette écriture.

Young l’anglais, Akerblad le suédois et son compatriote Sylvestre de Sacy sont battus sur le fil. Il est bien le premier à avoir compris que les pharaons et leurs sujets utilisaient un système tenant à la fois de l’idéographie et de la phonétique.

A en croire son neveu, l’inventeur fut alors la proie d’un affaissement physique et moral, qui s’empara de lui tout à coup. : « Ses jambes ne le soutenaient plus, son esprit se trouva saisi d’une sorte d’assoupissement . On le coucha. »

Il survécut, et sa mort ne fut pas étrange, comme le furent celles des découvreurs de la tombe de Toutankhamon, Carter qui disparut en 1939 avant d’avoir pu publier le rapport définitif de sa découverte et Carnavon, en 1923 qui fut infecté par une piqûre de moustique.

Blaise PASCAL

L’an de grâce 1654

Lundi 23 novembre, jour de St Clément, pape et martyr, et autres au Martyrologue

Veille de St Chrysogone, martyr et autre,

Depuis environ dix heures et demie du soir jusqu’à environ minuit et demie

Feu

Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philososphes et des savants

Certitude. Certitude. Sentiment, Joie, Paix

Dieu de Jésus-Christ,

Deus meum et Deum vestrum, Jean 20/17

« Ton Dieu sera mon Dieu »

Oubli du monde et de tout, hormis Dieu

Il ne se trouve que par les voies enseignées dans l’Evangile

Grandeur de l’âme humaine

Le mémorial

 

Dorothée LANGE

 « Migrant Mother », la photo prise par D. Lange, en 1936, un jour d’hiver, près de la ville de Nipomo, est à ranger dans la petite dizaine de tirages qui témoignent de la puissance évocatrice de l’art photographique.

langeLange travaillait sur une commande de la Farm Security Administration et réalisait un reportage sur la situation critique des ouvriers agricoles, bien qu’elle eût reconnu qu’elle était incapable de faire la différence entre un mulet et un tracteur.

Parmi les clichés pris ce jour-là, Lange sélectionna celui où Florence Thomson, une mère de onze enfants, apparaît avec trois d’entre eux, un tout jeune dans les bras, les deux autres tournant le dos, s’appuyant sur ses épaules. Elle confia à la photographe que sa famille se nourrissait de légumes gelés et d’oiseaux tués par les enfants et qu’elle venait de vendre les pneus de sa voiture pour s’acheter de quoi manger.

Est-ce ajouter à l’aspect dramatique de la scène et à la douleur de cette Mater Dolorosa que de rappeler les conditions dans lesquelles se déroula la rencontre entre l’artiste et ses modèles ?

 

Je conduisais ma voiture pour rentrer chez moi et je vis furtivement, une pancarte rudimentaire portant, inscrits à la main, les mots ‘Camp de ramasseurs de pois’.

20 miles plus loin, sans réaliser ce que je faisais, je fis demi-tour sur la route déserte et  roulai jusqu’à la hauteur de l’écriteau.

Je suivais mon instinct, pas ma raison.

Je roulai sur le sol détrempé du camp et me garai, tel un pigeon regagnant son pigeonnier.

CONSTANTIN

In hoc signo vinces !

Par ce signe, tu vaincras.

labarumEn 312, après sept années de troubles et de guerres civiles, Constantin élimine son rival Maxence qui, lors de la bataille du Pont Milvius, dans la banlieue de Rome, se noie dans le Tibre.

Mais, plutôt que d’imputer cette victoire à l’ardeur de ses troupes ou à son propre génie manoeuvrier, c’est au Dieu des chrétiens que l’Empereur l’attribue.

Ne déclare-t-il pas qu’avant l’engagement décisif, il l’avait invoqué et lui avait demandé de lui signifier s’il allait, ou non, l’assister ? Une croix flamboyante lui était alors apparue, entourée de la phrase : « In hoc signo vinces. » et, la nuit suivante, une vision lui avait intimé l’ordre de placer le monogramme du Christ – les lettres grecques X et P – sur le labarum, l’étendard de ses troupes.

S’ensuivit l’Edit de Milan proclamant dans tout l’Empire l’égalité de la religion chrétienne et des cultes païens.

 

 

 

La Tronche et la tronche

Deux noms peu usités, l’un propre, le second commun, qui, tout-à-coup ont les honneurs des médias et appartiennent pour un court temps au vocabulaire de l’actualité.

 Frêche, candidat aux régionales, désormais politiquement excommunié, lui et ses sectateurs, avait été puiser ce vocable pour étiqueter Fabius, qui ne s’était pas privé de quelques gracieusetés à son égard.  La réponse de la bergère languedocienne au berger normand fut d’une autre verdeur. Langue d’oc versus langue d’oïl.

Personne n’a relevé comme insultant l’usage de tronche, cependant catalogué dans Le Robert comme « fam. », qui renvoie à trombine et, de là, à tête et visage.

Le nom propre La Tronche, celui d’une commune près de Grenoble, se retrouve dans la rubrique des faits divers sinistres. Au cours de la nuit du 9 au 10 février, trois adolescentes y ont torturé pendant des heures un quinquagénaire pour lui extorquer ses économies.

TRONCHE : il est donc des mot maudits, avec ou sans majuscule, qui sous-tendent la violence, l’invective, la férocité, la brutalité et dont le seul prononcé renvoie à des abîmes de noirceur, en quelque sorte prédestinés à la tragédie.

Frêche aurait utilisé tête ( bien intello sauf quand elle est à claques), bille ( bien rond et rigolard ), frimousse ( naïf et enfantin) , gueule (viril, mais il en est de belles), trombine ( clownesque), facies ( policier ), l’adjectif catholique dont il l’avait flanqué eût sans doute perdu une partie de sa charge antisémite.

Quant à la bourgade theâtre des actes de barbarie, comment imaginer qu’auraient pu leur servir de décors ces lieux aux noms et sonorités enchanteresses qu’Eluard égrène dans Le Conscrit des cents villages ? « L’odorante fleur du langage », le poète la décèle à Caresse, Avoine, Abondance, Joyeuse, Bussy-le-Repos, Croismare, Pré-en-Paille, Trinquetaille, pour ne citer qu’eux.

Quelle pesanteur, quel poids, quelles « changeantes couleurs » ont les voyelles, mais aussi les consonnes !

Proust ne s’y était pas trompé : «Le nom de Parme, une des villes où je désirais le plus aller, …, m’apparaissait compact, lisse, mauve et doux… ; Lamballe qui, dans son blanc, va du jaune coquille d’oeuf au gris perle ; Coutances, cathédrale normande, que sa diphtongue finale, grasse et jaunissante, couronne par une tour de beurre ;… » (Du côté de chez Swann )

Alors, La Tronche et la tronche ?

Essayez donc de prononcer ces syllabes avec de la purée plein la bouche !!!

Les lettres s’entrechoquent, se fracassent et se brutalisent dans une cacophonie de bataille de rue. Même paisiblement énoncée, la succession des sons est d’une grande vulgarité.

Autant s’en détroncher, c’est-à-dire tourner la tête, se détourner, si l’on en croit le glossaire argotique d’Albert Simonin, en postface de Touchez pas au grisbi.